Hugues le BARON

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Sculpteur

 

 

 

 

Suite à plusieurs années de travail en conservation de patrimoine, durant lesquelles j’ai eu le plaisir d’intervenir sur des œuvres majeures ayant vu le jour durant les grands siècles de l’ébénisterie, la première étape d’un développement personnel a été franchie en quittant ce milieu qui m’était cher afin de devenir créateur et non plus restaurateur. Il était temps pour moi d’arrêter de lire et de me mettre à écrire. Une première marche vers une ascension artistique avait été gravie. Un gigantesque escalier sillonnait une montagne titanesque, chaque marche symbolisant un développement technique, créatif, philosophique et spirituel. Je maîtrisais alors toutes les techniques de travail permettant de façonner le bois, la sculpture, le tournage, la marqueterie, mais toutes les réalisations de cette époque manquaient bien trop d’audace à mon goût et ne révélaient qu’une volonté de mettre mes compétences à profit. Mon travail en scénographie m’a permis de prendre bien plus d’aisance dans la découverte des autres matières, de découvrir d’autres médiums, les réalisations étant bien moins soumises aux regards et aux jugements perfectionnistes. Le travail est éphémère, et dissimulé dans un univers où fumées et obscurité deviennent de précieux alliés.

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Suite…

L’attention du public est captée principalement par les acteurs mis en scène et se montre plus indulgente envers les décors élaborés. J’ai alors expérimenté le travail des résines synthétiques, via le modelage et le moulage, ainsi que le métal qui fut une véritable porte ouverte pour moi.
J’y ai vu une matière dont l’approche technique s’opposait totalement à tout ce que je connaissais alors. La soudure me permettait de coller des pièces entre elles en apportant de la matière, chose impensable avec le bois. La forge offre la possibilité de façonner le métal à notre guise quand le bois nécessite des mises en œuvre fastidieuses pour un simple cintrage. Quelques marches supplémentaires franchies, un voile de brume se dissipe et laisse entrevoir un nouveau sentier au travers des pics escarpés de la montagne du devenir. La matière première abonde. Le manque d’argent me pousse à mettre les doigts dans la mécanique pour répondre à la nécessité, me guidant vers une forme d’autonomie. Je découvre mon médium dans le cœur de la technologie moderne. Les pièces mécaniques offrent une myriade de formes, de textures et de brillances qui me rappellent la richesse des essences et grains du bois, les ronces d’acajou, les loupes d’orme, l’érable pommelé et les moirures du citronnier. Notre époque regorge de cette matière chez les ferrailleurs recycleurs, les casses et les déchetteries, jusque dans les campagnes où les terres non cultivées sont fréquemment transformées en cimetières d’épaves n’attendant qu’une étincelle de créativité pour reprendre vie. Plus on arpente, et plus la fraîcheur des altitudes nous assaille. Mais ce froid est revigorant pour les âmes solides, enivrant pour les esprits curieux.

Plus on apprend, plus on découvre, et plus on se rend compte de l’ampleur de ce qu’il y a à découvrir. L’écho du “ce que je sais, c’est que je ne sais rien” que Socrate répondit à l’oracle de Delphes, résonne dans l’immensité des montagnes. Mon intérêt pour la philosophie me fournit toutes les sources d’inspiration dont j’ai besoin. Mieux ! Je n’ai aucun scrupule à me servir dans les concepts du passé. Trois mille ans d’histoire philosophique m’amènent à constater que nous ne faisons que réinterpréter, recontextualiser et moderniser des concepts qui semblent avoir toujours existé de pair avec l’esprit humain. Il ne s’agit pas pour moi d’inventer, mais de choisir, un « ready-made » à la Duchamp. Nous ne créons rien, nous ne faisons que piocher et transformer. Cela est valable pour la matière, comme nous l’apprend un physicien du 20ème siècle, et selon moi l’est tout autant pour les idées. Mais chut ! L’artiste a besoin de croire qu’il invente, qu’il créé, cela est indispensable à son art.

Je vois l’artiste comme un enfant, qui ne cherche pas à devenir adulte, il l’a déjà été, mais à rendre l’humanité enfant. Un regard en arrière me fait prendre conscience du peu de marches gravies, du maigre chemin parcouru, un travail de plusieurs années pour briser quelques chaînes, et l’infini devant moi, tout reste à créer, tout reste à découvrir… C’est ça la liberté.


Hugues LE BARON
Site internet : https://hugueslebaron.weebly.com/

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